Nouvelles

Quelques mots d'une impatiente sur l'exposition J'ai le goût de vous parler .

Publié dans Activités le 06 septembre 2017

Nous souhaitons partager avec vous le texte magnifique d'une écrivaine et participante aux ateliers sur l'exposition du 25e anniversaire des Impatients J'ai le goût de vous parler.



Texte de Diane-Ischa Ross, écrivaine.

Il fallait y être dans cette salle d’exposition, distraite et oublieuse de celle qui la prolonge à droite. Il fallait être aux Impatients, rôder parmi les mots et les images et les objets de l’exposition qui dure jusqu’au 1er octobre et qui s’appelle J’ai le goût de vous parler. Et moi j’y étais, et j’en étais des Impatients, et je n’en suis pas revenue de cette exposition-concept, tempête d’émotion, proposition de travail, fête sombre et forte.


Si vous avez vu les t-shirts blancs, leurs phrases succinctes imprimées, vous soupçonnez quelque chose : qu’il va s’agir de mots, dentus et tendres et drôles. Les phrases, déclarations, slogans sont des noms d’œuvres peintes ou en trois D. L’exposition est une vaste installation avec, sur des cloisons légères en tuiles acoustiques–que celui qui a des oreilles entende–des centaines de mots nus. Il y a des œuvres visibles sur deux écrans, enfin je crois qu’il y en deux, vous verrez. Chaque visiteur pourrait s’étirer le cou pour tester la pertinence du mot–titre. Ce n'est pas la peine et c’est conventionnel. Devant ces mots, ces propositions : Donnez-moi des fleurs, Blanc pur noir persistant, L’homme aux deux bras carrés, chacun peint derrière ses yeux le tableau nécessaire. Les mots désassociés, libérés mettent en marche des rêves, des pensées. Au bout du parcours, labyrinthe simplifié, les images meurtries ou triomphantes soulagent. Cette exposition fait grande justice à ses organisateurs et aux Impatients producteurs des œuvres, des noms des œuvres, des mots qui travaillent. Il y un cheval à claire voie aussi, un soulier hybride qui marche dans la veille et le sommeil, un petit personnage à la poitrine ouverte. Et au centre des mots, du pays des titres, des appels qui pointent comme des flèches vers des images en soi et ailleurs, il y la peluche en tricycle prisonnière. C’est un symbole simple et fort qui fait éclater sa naïveté. La peluche, le toutou est enveloppé de Saran wrap serré par des ficelles, bien serré aux poignets. Ce toutou en camisole de force rayonne ces mots dont les artistes sont déchirés, alternativement prisonniers et explosés en mots et images, conjoints et écartelés.


Nous sommes tous prisonniers des mots, la langue nous a construits, nous n’en faisons pas à notre guise et nous jouons le rôle que l’image nous laisse en creux sur le panneau de l’autoroute. J’ai rarement tant écrit et peint dans ma tête en voyant une installation, rarement senti la pensée, l‘œil, le corps liés. Une exposition chorale, des partitions originales, et la force de la création qui sourd impatiemment.



Crédit photo : Jean-Michael Seminaro.
Notez que la galerie est ouverte les fins de semaine de 13h à 17h, jusqu’au 1er octobre.