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1er janvier 2017
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Portraits - exposition évolutive

Ce projet narratif est une exposition évolutive de douze portraits d’Impatients en mots et en photos. Le tout fait en complicité avec un Impatient par mois et Laura Regev, photographe et animatrice aux Impatients.

Il s’agit de présenter au public les histoires familières de nos Impatients, histoires habituellement partagées dans l’atmosphère de confidences de nos ateliers.

L’Impatient, au cours d’une conversation, arrête son choix sur une histoire, la raconte et choisit comment il voudrait s’y représenter en image.

Avec un appareil photographique des années 50 et un film de 12 photos, l’Impatient fait son autoportrait. En réponse au texte, à l’image produite par le participant et à la conversation qui a amorcé le processus, Laura Regev capte à son tour un portrait de l’Impatient.

Un raconte, l’autre écoute; un se voit et l’autre imagine. Un échange en imagerie et en mots immortalisera une histoire dans la vie d'Anna Maria, Angelo, Lisa, Ginette, Félix, Sylvia, Michel, Luc et Annette.



LA VIE

Autoportrait, Anna Maria

Anna Maria fréquente les ateliers des Impatients depuis 2005. Elle a de nombreux intérêts: photographie, artisanat, bande dessinée, lecture, psychologie, oiseaux, histoire des guerres. Dans les bandes dessinées qu'elle crée et dans ses conversations, elle fait ressortir toute l'importance de sa famille pour elle.


Laura Regev, art-thérapeute et photographe, sillonne le monde dans son temps libre à la recherche du bonheur et de la photo qui raconte des histoires sans mots. Parfois, souvent, elle trouve.


Anna Maria s’est présentée à notre rendez-vous avec son journal de 2006. Rempli d’images, autocollants, textes, poèmes et photos significatives. Le journal d’Anna Maria contient des fragments de sa vie. Ici, elle partage un poème avec vous qui aborde son combat avec la schizophrénie.


Ma tête qui hurle

Mon âme qui brûle

Il y a des fois

Que ça ne va pas

Je prends les démarches

Pour que ça marche

Je me retrouve avec rien qui prouve

Que mon existence

En vaut la chance

Même si l’enfer

Est si pervers

Je me retrouve

Sans retour


Huit ans plus tard, Anna Maria parle d’une autre réalité. Celle d’une vie plus harmonieuse.

« À force de travailler sur moi-même, la maladie s’adoucit et la souffrance s’éloigne. Non seulement je vis, j’existe. Je me consacre à mon art. Aujourd’hui au lieu d’avoir un ou deux jours de bien dans un mois, j’ai un ou deux jours de mal et le reste je me sens très bien. Je ne me suis jamais sentie aussi magnifique. »




EMBRASSER LE PRINTEMPS

Autoportrait, Angelo

Angelo, tout petit, passait des heures à dessiner tout ce qu’il voyait dans sa cuisine et sur son pupitre à l'école. Quand il fait de l'art, il est aux anges.


Portrait de Angelo, Laura Regev


Je vois à l’horizon le soleil se coucher
Profitons de ces derniers rayons car demain, la grisaille nous envahira
Car demain, le soleil se lèvera et les oiseaux chanteront à nos oreilles
J’aime le chant des oiseaux. Il est annonciateur des beaux jours : Doux printemps, quand reviendras-tu?
Je serai toujours là jusqu’à la fin des temps
Le terre continuera de tourner et les astres brilleront de mille feux jusqu’à la fin des temps; éternellement.

Poème écrit dans l’atelier d’écriture par Angelo en duo avec Élise.




I'M A CAT LOVER

Autoportrait, Lisa

Lisa loves animals, bowling and art.

(Lisa aime les animaux, les quilles et les arts.)


Portrait de Lisa, Laura Regev


(La version française du texte de Lisa est disponible en PDF)

Long time ago I was diagnosed with borderline personality disorder with a component of schizophrenia. All of these years, I was going to the Douglas and I learned how to do a lot of things. It helped me get my high school diploma, learn how to do wood working, make bird houses, stools where I was weaving, and plaques with people's names on it. I was making all kinds of gifts for people, they loved it. And then, just last year, I found out through a neuropsychologist at the Douglas that I have an intellectual handicap. They really misdiagnosed me. Now I don't have to take all those medications anymore it's really a big change but I'm happy with what I'm doing.

In the foster homes where I was before, I didn't get along with some of the people because they were people from the Douglas. Some of them had schizophrenia, and bipolar, some of them would lash out at me and make fun at me. Now they're going to find a good place for me in the West Montreal Readaptation center. I still go to the special Olympics, I go bowling, I love bowling. I used to do track and field, where I won a few medals, I went to the nationals and I won 4 medals, I think I won some gold, silver, bronze, it was really a trip of a lifetime.

I also go to the zootherapy at the Douglas where I love the animals, cats, dogs, I love horses, I'd say I'm an animal person!

I used to have a cat, a dog too, I think I'm a cat person. I like guinea pigs too. One time when I was a little kid, I had some guinea pigs, I remember one named Pinky. I used to have him down on the basement floor, I trained him! I told him to stay in one place and he stayed so maybe I'm partly like St Francis!

I had a cat named Solo, he used to be like a dog, he had all the features of a dog. I used to have a Gazette route and this cat went on my wagon and went along with me on the Gazette route, very funny cat. My brother's cat named Speedy, I think he's getting to like me slowly, it's his apartment, he's very territorial and aggressive, he bites my toes and nibbles at them, he’s not trying to attack , I think the cat is trying to keep me out of trouble while I'm trying to keep him out of trouble.

One time I was at my mother's apartment and her dog's name is Snowball and I was in the bathroom one day, the door was locked, my brother was there, visiting my mother, all of a sudden they heard a bang, the dog was the first one outside of the bathroom door, but the dog is deaf, I was having a seizure in the bathroom and the dog kind of knew, and my brother and his wife, my mother and step father had to open the bathroom door with a pen. The dog knew! He felt the motions and alerted everybody.




MORIBONDE

Autoportrait, Ginette

Quelle déception que de regarder en arrière en ne percevant qu’une recherche acharnée de complétude, alors que j’aurais dû être tellement plus… Nonobstant l’armée, les couples (camés ou autres), les communautés religieuses ou de motards ou de bars… Héritage d’intelligence gaspillé, mais par la hargne injustifiée et les maladies aidant, je fus ce que je pus…

Il me reste quelques années à donner le meilleur de moi-même reçu de mes parents et à apprendre à le reconnaître dans mon prochain, malgré ses failles, qui ne peuvent être pires que les miennes.

Dieu aidant!


Portrait de Ginette, Laura Regev


Le Portrait de Ginette s'accompagne de la chanson Seul de Jacques Brel.


On est deux mon amour

Et l´amour chante et rit

Mais à la mort du jour

Dans les draps de l´ennui

On se retrouve seul

On est dix à défendre

Les vivants par des morts

Mais cloués par leurs cendres

Au poteau du remords

On se retrouve seul

On est cent qui dansons

Au bal des bons copains

Mais au dernier lampion

Mais au premier chagrin

On se retrouve seul

On est mille contre mille

A se croire les plus forts

Mais à l´heure imbécile

Où ça fait deux mille morts

On se retrouve seul

On est million à rire

Du million qui est en face

Mais deux millions de rires

N´empêchent que dans la glace

On se retrouve seul

On est mille à s´asseoir

Au sommet de la fortune

Mais dans la peur de voir

Tout fondre sous la lune

On se retrouve seul

On est cent que la gloire

Invite sans raison

Mais quand meurt le hasard

Quand finit la chanson

On se retrouve seul

On est dix à coucher

Dans le lit de la puissance

Mais devant ces armées

Qui s´enterrent en silence

On se retrouve seul

On est deux à vieillir

Contre le temps qui cogne

Mais lorsqu´on voit venir

En riant la charogne

On se retrouve seul.


La vidéo de la chanson est disponible sur Youtube.




LE PÊCHEUR

Autoportrait, Félix

La plupart du temps je suis heureux, mais c'est sûr qu'il y a quelques épreuves dans la vie qu'il faut surmonter


Portrait de Félix, Laura Regev




LA LECTRICE ASSOIFFÉE

Sylvia - Autoportrait

Autoportrait, Sylvia

Sylvia, debout avant la première heure, est assoiffée de connaissances et d'expériences nouvelles. Coeur sur la main, elle déborde d'idées et de bonne humeur.


Sylvia - Portrait

Portrait de Sylvia, Laura Regev


Sylvia est une passionnée de l'écriture, elle nous livre ici un texte de sa «main magique au crayon poétique». Son histoire nous transporte dans un salon où des enfants sont réunis pour l'heure du souper.



Dans un grand salon


Harmonisé de plusieurs sons


Une grande dame aux cheveux blonds



Protégé par l'hérisson


Anxieuse de caractère


D'un regard heureux



Elle observe





CAUCHEMAR OU RÉALITÉ

Michel - Autoportrait

Autoportrait, Michel

Passé d'infirmier «volant» à patient itinérant... Regarder l'autre côté du comptoir, ça me fait encore peur. Qui suis-je? Je ne sais plus?


Michel - Portrait

Portrait de Michel, Laura Regev


«Code blanc, code blanc.
Unité de psychiatrie — 8e — Poste des Infirmières.

Oh! Michel vient d'être projeté au plancher. On dirait un planeur volant à 3' du sol.»

Mon atterrissage ne se fait pas sans heurts. Face contre terre, le bras droit devant moi. Inconscience ou période d'absence je ne sais pas. Mon assaillant continue de me chevaucher, m'étrangle en me criant «J'va te tuer mon hostie t'es mort.»
Il a ses deux bras autour de mon cou, heureusement mon bras droit longe mon corps et l'empêche de me tuer, mes seuls mouvements sont produits par mon assaillant, je ressemble à une poupée de chiffon disent mes consœurs.
Fait cocasse: seules les infirmières sont venues à ma rescousse, en tentant de lui donner des coups de pied, criant de me laisser, ce qui ne change rien. Quelques minutes plus tard un préposé mâle est venu me libérer.
Le temps de reprendre mes sens, je me rends dans une pièce, seul, assis par terre, à pleurer, on m'achemine à l'urgence avec un diagnostic de «trauma aigu». Six semaines plus tard stress post-traumatique, psychologue, 1 fois semaine pendant 2 ans, psychiatre aux 6 semaines, 3 ans plus tard on peut parler de stress post-traumatique chronique, visite chez le psychiatre aux 6 semaines, idéations suicidaires, flash-back, hallucinations, périodes de fatigue, perte d'énergie ou plutôt un ralentissement. 13 pilules par jour, fracture de ma vie. Heureusement qu'il y a l'art-thérapie pour me changer les idées.




LE BONHEUR FRAPPERA À TA PORTE

Luc - autoportrait

Autoportrait, Luc

Luc a toujours une histoire abracadabrante à raconter, un peu à la Capitaine Bonhomme. À la différence, celles de Luc sont vraies.


Luc - portrait

Portrait de Luc, Laura Regev


Luc, en cascade avec la vie, défié dans ses croyances, cherche une explication.

Je suis croyant, mais on dirait que je n'arrive pas à lire le message.

Il m'est arrivé des affaires weird. Des fois, je crie à mon créateur : «Qu’est-ce que tu me veux? Pourquoi tu me laisses en vie? Pourquoi je ne suis pas handicapé aujourd’hui, pourquoi tu me laisses sur mes deux pattes?» Je suis handicapé dans ma tête. C'est trop intense les affaires qui me sont arrivées. J'ai la foi, mais c’est quoi qui faut que je comprenne là-dedans? Y en a qui sont vraiment pas chanceux, ils tombent en bas de leur chaise et ils se cassent le cou. Pis moi, je prends des grosses débarques, des vraiment grosses débarques, mais je récupère et tout est beau, tout est correct. C’est troublant.

Un moment donné, je faisais le nono à vélo. Je me suis mis les bras sur le guidon et puis j’ai fait semblant de m'accoter le menton dessus. Pis là, «paf», je pique une fouille, je me fais frapper, grosse commotion cérébrale. J’arrive à l’hôpital, je me réveille, et puis là, on me demande les numéros de téléphone de mes parents. Je sors une panoplie de numéros et ils étaient tous bons. Je me dis : Bon, pourquoi je n’apprécie pas plus la vie que ça? Qu’est-ce qui se passe, avec des gros incidents comme ça? Je devrais dire merci à la vie, je suis chanceux, je pourrais être en chaise roulante et puis ça serait plus difficile pour moi de me déplacer l’hiver, mettons. C’est ça qui me trouble, d’avoir eu toutes ces chances et de ne pas apprécier plus la vie.

Un temps, j’avais un problème de gambling. Je jouais beaucoup, je cherchais quelque chose à l’extérieur de moi, et puis la vie était plate. Je ne gérais pas trop bien ma vie. Je me retrouvais devant le jeu, une machine au casino, je pouvais passer des heures là, la tête étourdie et je ne voyais pas le temps passer. Quand je me suis acheté un iPad, j’étais tellement tanné du jeu, j’avais tellement gâché ma vie là-dedans, j’avais beaucoup de peine. Là, j’avais quelque chose entre les mains avec lequel je pouvais créer, faire de la photo, de la vidéo, de la peinture, de la musique. Je trouvais ça bien la machine pour ça. Je me suis dit : Il n’y aura pas de jeux de hasard qui va rentrer dans mon iPad, je veux rien savoir de jeux de hasard, de roulette, de cartes, whatever. Depuis que j’ai mon iPad, le jeu est devenu histoire ancienne pour moi. Ça me prenait cet espace-là, ne pas jouer pendant un temps pour vraiment comprendre que j’avais énormément souffert pendant le jeu. Au lieu de m’amuser avec une machine de loterie, là je me faisais plus de bien que de tort. J’ai arrêté de jouer grâce à un iPad.

Autant je peux apprécier le chant des oiseaux dans les arbres, j’apprécie la nature. Ça me fait du bien, mais on dirait que, pour le reste, j’ai de la difficulté à me situer dans la vie et de voir elle est où ma place. C’est quoi ma mission? Je ne sais pas ce que mon créateur me veut, mais le message c’est que, c’est que… Je ne sais pas c’est quoi le message, je le cherche encore.

Avec son iPad, et accompagné par sa copine à l’accordéon, Luc nous a composé une pièce remplie d’émotions et de vie.





UN PARTAGE INCERTAIN

Autoportrait - Annette Burelle

Autoportrait, Annette

Annette, la dame en bleu, est accueillante, souriante et généreuse. À l’écoute des autres, elle aide à trouver des solutions qui, parfois, se retournent contre elle…


Portrait - Annette Burelle

Portrait d'Annette, Laura Regev

Dans l’intimité de l’atelier, Annette raconte à Laura une histoire de tente prêtée, d’amitié et de confiance.

Annette : Alors, c’est une histoire qui est arrivée il y a quelques années…

J’avais une grande tente de camping pour 6 personnes que j’ai offerte à des amis qui voulaient faire du camping et qui n’avaient que deux petites tentes. Je leur avais dit avant, avant d’aller camper : « Ouvrez-la chez vous pour la faire aérer, ça fait longtemps qu’elle n’a pas servi… » Mais le monsieur me faisait confiance gros comme le bras. Alors il dit : « Non, non, non, pas besoin de l’essayer, ça va faire. » Mais je dis : « Moi, je l’essaierais avant de partir! » Finalement, ils sont partis camper. Mais là, ils ont eu de la difficulté à planter les poteaux parce que ça déchirait. Ils ont eu peine et misère, ils ont mis de la corde et rajouté une toile. Les voisins, ils riaient d’eux autres. Finalement, ils ont réussi à s’installer tant bien que mal.

Le lendemain, le plus jeune des garçons dit : « Papa, est-ce que c’est normal que j’voie des gens passer? J’vois les pattes du monde qui passent. » Le père dit : « Non! Ce n’est pas normal. » Ils ont été chanceux, ils n’ont pas eu de pluie cette fin de semaine-là, mais…

Laura : Mais comment ça se fait qu’ils voyaient les gens?

Annette : Parce que la toile a déchiré, elle était trop vieille, tsé. Je ne savais pas depuis combien de temps elle était serrée dans le sous-sol alors…

Laura : Est-ce qu’il a regretté de t’avoir fait confiance?

Annette : Oui, mais il est venu chez moi me le conter qu’ils avaient vu les pieds des gens quand ils se réveillaient le matin. Il était fâché. Mais moi, j’avais envie de rire, mais de RIRE! Lui, il était insulté parce que je riais. Mais écoute, c’était cocasse, je ne pouvais pas m’empêcher de rire… Après ça, quand il est parti, il me dit : « Je te l’ai pas rapportée, j’l’ai mise aux vidanges! » Je dis : « Je pense que c’est peut-être une bonne idée finalement, que tu l’aies jetée. »

Elles en rient.

Annette conclut : Il était très très fâché. Ç’a pris un bon bout de temps avant qu’il revienne chez nous et qu’il me rappelle. Il était insulté.